Kélerdut - Domaine des Rochers.

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mardi 16 juin 2015

Une avancée sur la maladie de Parkinson.

Comme je l'écris en fin de l'article "INFORADIO" consacré à la colère de F. ROLLIN,  je suis captivée plus tard dans la journée par la rubrique de l'émission de France Inter "La tête au carré" que j'écoute plus souvent maintenant que l'heure de la "jubilacion" a sonné pour moi.

Donc il est question de la maladie de Parkinson et là, bien sûr j’ai aussitôt tendu l’oreille en pensant  à mon ami Michel.
On y entend un chercheur basé à San José (Californie) pour un article paru dans la revue scientifique « Nature » (souvent citée sur France Inter par le médecin chercheur Jean-Luc AMEISEN qui grimpe sur les épaules de Darwin tous les samedis après-midi).




J’ai donc appris que : << l’alpha-nucléine est une protéine qui forme diverses structures qui sont à l’origine de différentes maladies >>. Une comparaison est faite avec les pâtes alimentaires –le gars vulgarise- et c’est pas plus mal : ainsi comme les pâtes qui se déclinent en Linguines, Spaghettis…, les protéines Tau sont constituées de fibres différentes qui ont des surfaces différentes. Avec le temps, des agrégats se forment et se propagent (comme un virus) d’un neurone à l’autre (ça se passe dans le cerveau) et, au fil du temps, les neurones dégénèrent. Il faut savoir que : <<parmi les formes que nos protéines adoptent il y en a qui sont propres à s’agréger >>.

Les recherches ont eu lieu avec des expériences sur les rongeurs et il a été constaté le développement du « Parkinson » ou d’une atrophie.

100 000 à 150 000 personnes  sont touchées en France par cette maladie. Le travail est déjà en cours pour la transposition sur l’homme. Il reste une étape à franchir pour valider les recherches en cours avant de les transposer définitivement sur l’homme : faire des prélèvements sur le cerveau.

Avec cette avancée, l’intérêt de la découverte est aussi que le diagnostic pourra être posé bien en amont, avant la dégénérescence des neurones.

La maladie d’Alzheimer fait aussi partie des « Tau-pathies » et pourrait donc être aussi traitée.

Il n’a pas été fait mention d’un traitement dans l’immédiat mais il semble que la chose soit très près d’aboutir.Courage Michel, il y a de l'espoir.
 
Vive la science !

La colère de François ROLLIN

La radio est allumée dans ma cuisine par ce début d'après-midi pluvieux. Je n'irai pas voir la poussée des haricots ce matin...mais il y a tant de choses à ne pas faire après le café, je ne passerai pas le balai? je ne passerai pas  l'éponge sur la plaque de cuisson éclaboussée de graisse, je ne ferai pas la vaisselle qui s'est assoupie dans l'évier ; je regarde ma tablette, je lis le courrier des amies et j'écoute France Inter. Ce matin la chronique de François ROLLIN avait le ton aigre-doux des règlements de compte. Je ne trouve pas cet humoriste très talentueux en général mais son message a retenu mon intérêt. Pourquoi ? Il poussait un cri d'animal blessé et cela avait un côté très humain qui m'a touchée ; il en avait gros sur le coeur.  Evidemment c'était mâtiné d'humour  (pas mal celle-là vu qu'il était 9 h !) mais on sentait qu'il avait le Patrick COHEN  en travers de la gorge et plus généralement l'institution Radio France. Il semblerait  que les intervenants sur Radio France soient traités par-dessus la jambe, sans considération aucune. Sans blague ? F. ROLLIN déplorait le fait de ne pas encore avoir été informé de la place qui lui serait réservée dans la grille de rentrée. 
Depuis la grève qui a secoué Radio France les allusions en direct sont nombreuses concernant les difficultés des journalistes, techniciens, etc. Je subodore que ROLLIN va être viré ou remisé en tout cas ça sent pas bon pour lui.

La chronique était bien faite, à double et même triple sens. Quant à P. COHEN, rien, silence radio  ! Lui qui soutient généralement les humoristes par ses rires en coin n'a pas soufflé mot ni esquissé une fente des lèvres (quant il rit c'est souvent forcé et ça s'entend). On ne peut pas rire avec tout le monde monsieur COHEN surtout quand on est pris à parti !

Plus tard donc, après le café -ne vous perdez pas, je reviens au début- je prête l'oreille quand l'émission "La tête au carré" annonce une rubrique sur la maladie de Parkinson. Un de mes amis étant depuis quelques temps frappé par elle, j'attrape un stylo pour prendre des notes.

Suite dans le libellé "INFORADIO"  - Une avancée sur la maladie de Parkinson.

mercredi 13 avril 2011

INFO RADIO : L'EPOPEE DE GILGAMESH


tablette relatant la légende de Gilgamesh en écriture cunéiforme.
 Nous finissons notre repas et après une journée de travail, la gym rajoute une couche à ma lassitude.  La voix traînante de Kathleen Evin sur France Inter retient pourtant mon attention assoupie. Hier soir il était question dans « l’humeur vagabonde »  de l’épopée de Gilgamesh ; Abed Azrié, musicien et chanteur syrien  vient d’enregistrer un CD+DVD à l’institut du monde arabe. Il est l’invité de l’émission.
Chaque fois que les Sumériens sont cités, je suis renvoyée à l’échec à l’oral de ma deuxième année de droit : l’examinateur n’a pas entendu le son de ma voix ce jour-là. Je suis restée muette sur  ces fichus sumériens  et leur code d’Hammurabi ! OK j’avais déjà choisi d’orienter mes études vers une carrière plus courte et plus concrète pour convoler avec l’homme de ma vie mais n’empêche que ces peuples vieux de 3000 ans avant JC me poursuivent toujours de loin en loin.
Je reconnais que je suis assez fascinée par l’histoire des religions, quoique qu’athée « Oh grâce à Dieu » comme le disait Ferrat.  Ce qui m’intéresse dans ça c’est que les religions parlent des hommes. Quand je visite une chapelle romane, une cathédrale, c’est l’homme que je vois, son œuvre transcendée, son effort. L’histoire des mythes est universelle et nous relie tous. On devrait l’ enseigner à l’école primaire. J’apprends que Jean Bottero (historien mort en 2007) était un spécialiste des sources de la Bible, qu’il était Dominicain et qu’il a été suspendu par sa hiérarchie pour avoir refusé d’attester de l’historicité de la Genèse. Il  a été contraint de redevenir laïc. C’est lui qui a traduit l’histoire de Gilgamesh, la première épopée de l’histoire de l’humanité, apparue 5000 ans avant JC, avec l’histoire du déluge itou itou (si vous voulez aller la voir à la médiathèque, c’est la tablette d’argile n°11).  Evidemment cette antériorité n’a pas été du goût de l’église.
Cette épopée du roi Gilgamesh, roi d’Uruk (actuel Irak) a été enrichie dans le temps, civilisation après civilisation (ce mythe se retrouve dans la légende d’Ulysse) jusqu’à devenir un récit mythologique dans lequel les grecs, les romains et les trois monothéismes ont pioché.
L’histoire a été brodée… un homme va être modelé par une femme qui le sauve, qui le rend intelligent (le contraire de la bible !) ça me plaît assez ! Enkidou vit en harmonie avec la nature, sauve les animaux des pièges. Un roi envoie une femme pour sauver cet homme. La femme est initiatrice de la civilisation ; elle initie l’homme à un stade au-delà de la condition masculine (grâce à sa maternité). Elle lui dit, après l’initiation « mange du pain, bois du vin ». Ah oui là il y a beaucoup de similitudes avec la Bible…
La légende du roi Gilgamesh et d'Enkidou est emblématique d’une quête vers l’amour, l’amitié au travers des diverses épreuves. Beaucoup de religions se sont passionnées pour cette légende millénaire mais cela n’était pas très bien vu.
La grande ziggurat d'Ur (Sud de l'Irak)
Abed Azrié nous dit que cette légende est l’histoire d’un cheminement de l’homme vers la sagesse. Il évolue d’une religion où les dieux sont multiples vers des religions pré monothéistes. La question qui est posée dans cette histoire de Gilgamesh est celle de l’effort que produit l’homme pour changer sa vie. Aprés la mort d'Enkidou son ami, Gilgamesh va devoir dépasser sa douleur. C'est la leçon du mythe : en passant par l’effort on devient autre chose, on devient un homme de sagesse et de connaissance.
un dernier effort ; l’homme de ma vie a débarrassé la table pendant que j’écoutais, je ferme le lave-vaisselle, j’appuie sur le bouton. J’ai gagné le droit de comater devant le film TV sur Poupoupidou (un drôle de mésopotanien). Pas mal d’ailleurs ce téléfilm.

lundi 28 février 2011

Le mal être au travail

Samedi 26 février, 9 h 15. Quelques instants à traîner dans la cuisine entre la table, du petit déj, l’évier, et la buanderie où le linge s’est accumulé dans la corbeille pendant la semaine. Je débarrasse la table de ses miettes que je parsème sous l’arbre de la cour, là où les tourterelles viendront sans crainte. Je les observe  depuis une semaine roucoulant et picorant en lançant des oeuillades furtives vers la maison.  Le vieux prunier  s’éclate en fleurs blanches. Je ne me lasse pas d’admirer le vieil arbre qui nous offre un bouquet tout blanc au-dessus du tronc raviné et tordu d’arthrose.
Le ciel est gris, il neige sur les Pyrénées mais à Toulouse, ça va ; pas trop froid.

Je dresse l’oreille : « ….une étude européenne montrerait qu’il n’y a pas de crise de la valeur travail… ». L’émission « On n’arrête pas l’éco » -Alexandra Bensaïd- vient de commencer et le sujet me fait saisir mon cahier fourre-tout. Je note en sténo -toujours très utile pour les cas d’urgence, le plus dur c’est de se relire ensuite) oui je sais y’a le podcast mais c’est pas pareil ! - les propos de la journaliste et de ses invités. Hubert Landier (spécialiste d’audits de climat social et des risques psychologiques au travail) et Dominique Méda (chercheuse, philosophe et sociologue) font part de leurs réflexions sur le thème du stress au travail.
« …mais on aimerait que le travail prenne moins d’importance dans la vie. Une comparaison européenne montre que les français sont ceux qui sont les moins satisfaits au travail et qu’ils sont les plus stressés des européens : problèmes de salaires, problèmes de reconnaissance monétaire et non monétaire. Pas de perspective de promotion.
Toutefois au sein d’une même entreprise les choses peuvent être différentes suivant les salariés et selon le management local ».
Les transpositions littéraires du stress au travail font référence à des écrivains connus ou moins connus ; Zola  -bien sûr « Germinal » avec le travail de la mine- ainsi qu’Amélie Nothomb dans « stupeur et tremblements » (très bien à mon goût). Je pense aussi à un écrivain social actuellement plus souvent cité mais dont il n'est pas question dans l'émission et je m'en étonne : Gérard Mordillat dont le livre « des vivants et des morts » a été porté à l’écran TV dans un téléfilm que j’ai trouvé excellent et en plein dans l’actualité.
Ces écrivains écrivent sur des situations où l’humain n’est plus pris en compte.
Nathalie Kuperman auteur du roman « Nous étions des êtres vivants » dit que son roman est né de la nécessité de parler de la morosité ambiante et délétère qu’elle constate dans son entourage ; des amis sont détruits parce que confrontés à des exigences qui ne sont pas les leurs c’est le « mortel management » titre du polar d’entreprise de Christian Poissonneau.

Oui, il existe un nouveau genre littéraire, le roman d’entreprise. C’est nouveau et c’est bien le reflet d'une réalité de plus en plus marquante sur la  souffrance au travail.
J’ai lu un roman de Delphine de Vigan où il est question de nucléaire (intéressant quant on est plongé dedans pourtant le souvenir que j’en ai gardé est très vague) mais je ne sais plus s’il s’agit de « les  heures souterraines » avec lesquelles elle a remporté le prix du roman d’entreprise en 2010 .

Dans mon cadre de travail, un hôpital, je côtoie des collègues face à ces difficultés : les contraintes de changements d’organisation du travail, d’outils sans cesse nouveaux auxquels il faut s’adapter et à intégrer rapidement pour être « opérationnel », les CDD qui remplacent des titulaires épuisé(e)s, en bout de course… une philosophie du travail qui s’étiole face à l’urgence, la course au rendement (nous sommes dans un hôpital !) devant des patients qui n’ont plus la patience d’attendre parce qu’ignorants du contexte vécu de l’autre côté du brancard par l’aide-soignante, l’infirmière ou la secrétaire médicale. Tout cela est une réalité qui peut conduire des salariés à des états de dépression, à la maladie parfois longue.
Je connais parfois intimement les situations de chacun(e) : un divorce, une maladie, les soucis des enfants, les conflits entre salariés d’un même service ou avec la hiérarchie qui elle-même relaie la pression de la direction qui elle-même est la courroie de transmission du ministère de la santé. La boucle est bouclée et à quel prix !
Hubert Landier fait le constat que le collectif « ne marche plus ». Les salariés n’ont pas le soutien de leur hiérarchie ou de leurs collègues.

L’aspect syndical, la place du médecin du travail sont complètement absents dans l’émission ; sans doute aurait-il fallu davantage de temps pour inclure ces aspects mais c’est à mon sens une grosse lacune de l’émission d’avoir évacué ces paramètres dont celui du C.H.S.C.T (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail) -à peine mentionné-Il est vrai que les médecins du travail n’existeront bientôt plus dans les entreprises. Ils sont déjà peu nombreux à travailler au sein d’un établissement à part entière. Les mutualisations, le manque de candidats ne tarderont pas à les faire disparaître ou tout du moins à les déconnecter de la réalité entre le salarié et son travail.

Après la littérature c’est le théâtre qui sort de la boîte à outil : le « théâtre à la carte »  est implanté  en France depuis 1992. « Théâtre à la carte » intervient auprès d’entreprises,  d’administrations pour permettre d’évacuer le stress. Des scénaristes montent une pièce à partir des entrevues avec les salariés. A partir d’un travail de journalisme les scénaristes écrivent les dialogues plus vrais que vrais. Ces représentations permettent de libérer la parole et sont une alternative originale aux formations classiques très en vogues sur « gérer le stress » etc. Apparemment c’est une affaire qui marche : la demande  augmente de 20 % depuis 2 ans.
Face à ce miroir les salariés font une approche décalée de leurs difficultés de management ou face à leurs hiérarchie.
Les gens sont pris aux tripes.

C’est sans doute un début mais ce n’est pas suffisant. Je vois de nombreux collègues salariés, au travail et je constate de plus en plus le désengagement général par rapport au travail : on vient travailler pour gagner sa vie matérielle, sans croire qu’il y ait autre chose à gagner ; l’enrichissement de l’échange, du collectif se perd alors que les salariés souhaiteraient être davantage associés à la stratégie de l’entreprise. Le mal-être vient de ce que le travail n’est plus au centre des préoccupations. Les 35 h ont amené une prise de conscience d’un temps libéré pour le loisir, et pas uniquement pour le dépenser avec un capital que la plupart n’ont pas  mais pour s’octroyer une respiration qui devient de plus en plus nécessaire en dehors du travail.
L’interview fait ressortir la nécessité d’évaluer des indicateurs différents de ceux du PIB ; comment évaluer les indicateurs du capital social ? Ne doivent-ils pas aussi être intégrés dans la courbe de croissance ? L’efficacité au sens économique d’un pays ne passe-t-il pas aussi par le bonheur au travail ?
La comparaison avec nos voisins  fait le constat d’une préoccupation plus grande dans les pays du nord en ce qui concerne les indicateurs sociaux.

Même s’il y a une prise de conscience de la part des cadres et des dirigeants d’entreprises les idées toutes faites  sont encore trop souvent colportées : non le stress au travail n’est pas que la conséquence de facteurs personnels et médicaux.

Je me souviens d’un échange très intéressant fin 2009, lors d’une réunion entre camarades d’un Comité où Christophe Abramovski nous avait fait un exposé clair et passionnant sur « la souffrance au travail ». Voir les ouvrages de : Christophe DejoursDanièle Linhart.
J’avais noté qu’il y a moins de 6000 médecins du travail pour 22 millions de salariés. Qu’un salarié sur 8 développe des TMS (troubles musculo-squelétiques). Nous avions parlé de la valorisation du travail par le jugement qu’on porte sur l’utilité, la beauté, la singularité. Une faille sur l’un de ces 3 jugements peut créer une brèche pour la souffrance.
Dans les nouvelles formes d’organisation du travail les évaluations individuelles des performances ne donnent plus de place aux résistances clandestines.

Pour conclure : l’émission d’Alexandra Bensaïd était trop consensuelle à mon goût et n’a pas donné d’exemples d’expériences d’organisation du travail telles que celles pratiquées en Norvège, en Yougoslavie ou ailleurs. Je suis un peu restée sur ma faim.




lundi 31 janvier 2011

La radio le matin

J’aime beaucoup écouter la radio : à la cuisine c’est France Inter.
Tout en buvant mon café noir, j’écoute le billet d’Audrey Pulvar (ça commence bien !). Je connaissais la belle Audrey par la TV et c’est avec plaisir que je l’écoute sur France Inter. Si j’ai tilté ce matin c’est que grâce à la lecture récente du livre des prénoms bibliques et hébraïques (de Marc-Alain Ouaknin et Dory Rotnemer édité chez Albin Michel) j’ai appris plein de choses sur l’histoire des peuples juifs, égyptiens… Tout comme j’aime visiter les lieux de culte pour ce qu’ils représentent de l’histoire des hommes et de leur génie, les religions, les mythes, ramènent toujours à l’humain et la façon l'histoire religieuse est transmise peut expliquer très souvent les raisons (cachées) de l’asservissement de certains groupes ou les guerres entre peuples.
Audrey Pulvar parlait ce lundi matin du livre de Guillaume Hervieux, spécialiste des religions, « L’ivresse de Noé ».
La cracotte est restée supendue en l’air et j’ai écouté r e l i g i e u s e m e n t Audrey expliquer qu’il s’agit dans ce livre de « la remise en cause d’un mythe, biblique, celui de la malédiction de Cham ».

Je vous laisse écouter  l'article d'Audrey :
"l’ivresse de Noé" est une ivresse dont l’un des fils de Noé, réputé Noir, Cham, aurait été témoin et qui lui valut la malédiction de ses descendants, voués, pour des siècles et des siècles, à être serviteurs des serviteurs -entendez esclaves. Une malédiction qui a longtemps servi, entre les XVème et XIXème siècles, à justifier la traite des Noirs.
Mais c’est une lecture très différente de ce mythe biblique que nous propose Guillaume Hervieux. Dans les chapitres IX et X de La Génèse, Cham fils de Noé, voit, sous sa tente, son père ivre et nu et ne détourne pas le regard. Il sort de la tente et avertit ses frères Sem et Japhet qui, eux, entrent à reculons sous la tente, puis couvrent la nudité de leur père.
Selon Guillaume Hervieux, démonstration très argumentée à l’appui, ce n’est pas simplement pour avoir vu son père nu et avoir compris le secret de sa naissance que Cham suscite ainsi le courroux d’abord paternel et ensuite divin. Si Cham, à travers son fils Canaan, subit le châtiment de l’esclavage c’est parce que d’un point de vue étymologique, l’expression biblique censée signifier « voir la nudité » peut aussi se traduire en hébreux, comme « s’approcher, donner son lit conjugal, donne sa couche»… il y aurait donc eu inceste, entre Cham et Noé !
Voilà pour un premier tabou attaqué par Guillaume Hervieux, mais ce n’est pas le seul.
Non, l’autre question que pose Hervieux c’est de savoir si vraiment Cham peut être considéré comme l’ancêtre de tous les Noirs, dans les textes sacrés, et si son fils Canaan, qui est celui sur lequel tombe la malédiction, est lui-même noir. Parce que s’il ne l’était pas, la théorie selon laquelle cette malédiction serait la justification biblique de l’esclavage tomberait bien sûr, d’elle-même.
Alors évidemment, les historiens, les théologiens, les hommes et les femmes d’églises en sont revenu depuis longtemps, de cette « justification » de l’esclavage par la malédiction de Cham et de Canaan, mais ils ne sont pas nombreux à remettre ainsi en cause le sens même de cette malédiction. D’après Guillaume Hervieux, non seulement on ne trouve -quand on cherche avec minutie et en mettant différentes études, textes et traductions en perspective- aucun fondement dans la bible des chrétiens, celle des juifs, ou dans le coran à cette fameuse malédiction des Noirs, mais cette malédiction avait en fait pour objet d’obliger Canaan et sa descendance à défendre une terre alors nommée Palestine.
La vraie malédiction de Canaan est, selon Guillaume Hervieux, une légitimation divine à la conquête de ce territoire, alors palestinien, par les hébreux.
Depuis 3 500 ans, nous rappelle-t-il, la Palestine est l’objet de luttes d’influence mais aussi de brassage des populations, elle a changé à plusieurs reprises de mains, passante notamment sous influence des Hébreux, des Philistins, des Egyptiens, des Perses, des Romains, des Arabes musulmans, des croisés chrétiens, des Ottomans, des Anglais, des Palestiniens et des Israéliens.
Résultat, aujourd’hui, Palestiniens et Israéliens descendent de ces populations et face à face se dressent deux identités religieuses revendiquant la même terre alors qu’elles ne sont qu’un miroir de l’autre. Au fond, le rejet des juifs, de la part des musulmans, comme l’inverse, c’est du déni de soi-même !
Guillaume Hervieuw remercie, dans son livre Olivier Petre-Grenouillau, l’historien spécialiste des questions de l’esclavage, dont les écrits et les propos ont parfois suscité de violentes polémiques. Je ne doute pas que cette Ivresse de Noé ne produise aussi quelques belles joutes verbales ou écrites !

Et voilà ! Intéressant non ? Merci Audrey Pulvar.