Kélerdut - Domaine des Rochers.

Kélerdut - Domaine des Rochers.
Kélerdut - Domaine des Rochers.

mercredi 19 octobre 2011

La misère : la refuser mais ne pas refuser de la voir.

Mardi  18 octobre, du foot du Canal+ et un téléfilm sur France 3 « Joseph l’insoumis » sur la naissance d’ATD Quart monde.  Je n’hésite pas une seconde : je n’ai pas Canal+ et mon homme a choisi de voir le foot chez ses beaux-parents sur un écran grand format où on peut distinguer sans problème la couleur des crachats des footeux. Très peu pour moi.
Le film de Caroline Glorion est formidable par ses acteurs professionnels, Anouk Grinberg et Jacques Weber, tous deux excellents mais aussi grâce aux vrais gens (comme le dit plus tard A. Grinberg) qui arrivent à avoir un jeu alors que c’est de leur vie misérable qu’il est question. L’actrice est encore dans l’émotion des personnalités fortes qu’elle a rencontrées et des leçons qu’elle en a tirée. Le camp de Noizy-le-Grand au début des années 1960 comprend des centaines de familles dans un bidonville sans eau courante ni électricité. Le prêtre ouvrier J.Wresinski  se consacre entièrement à ces familles qu’il s’acharne à mobiliser face aux élus politiques, et qui lutte pied à pied contre la police, les assistantes sociales qui harcèlent les familles dont on vient  enlever les enfants de force. Il faudra des années pour que J. Wresinski obtienne le relogement des familles dans des maisons carrées. Ces luttes ont donné Aide à Toutes Détresses « ATD Quart Monde ».
L’émission de Taddeï « Ce soir (ou jamais !) » qui suivait était aussi passionnante avec des invités très différents par leur expérience sur le terrain de la misère. L’actrice principale du film Anouk Grinberg m’a bouleversée dans sa vérité en parlant des  contacts très forts qu’elle a eus avec ces personnes en grande pauvreté. Le discours de Martin Hirsch était un peu plus policé ; on sent qu’il navigue dans des sphères du pouvoir. Je pense que c’est un honnête homme car cela fait longtemps qu’il se bouge contre l’exclusion ; il a quitté le gouvernement en 2010, un bon point.
J’ai beaucoup apprécié les interventions de l’écrivain Joy Sorman qui a parlé de son vécu lors d’une semaine d’observation à la Gare du Nord "Paris Gare du Nord" (l’arbalète Gallimard). Elle a aussi écrit "L’inhabitable" (éditions alternatives), le récit de sa déambulation dans les habitats les plus insalubres de la capitales, un livre écrit avec l’architecte Eric Lapierre.  Après ce genre d’expérience on doit avoir du mal avec les cocktails et les Ferrero Roche d’or chez l’ambassadeur ! Elle ne doit pas beaucoup fréquenter ce genre d’endroit.
J’ai aussi découvert dans  ce magazine une autre pointure : Daniel Terrolle   consacre ses recherches au devenir des SDF et au tabou social qu’ils représentent. Il défend notamment la  thèse  qu’il existe un marché de la pauvreté "La lutte contre "la grande pauvreté" : un marché ?" et "L’arrière cour de la mondialisation. Ethnographie des paupérisés" (Editions Du Croquant).
Ils se sont bien accrochés avec  Hirsch sur le tabou social que représente la misère et je me suis dit que ça allait enfin donner un peu d’ambiance mais tout le monde est resté très bien élevé.
Anouk Grinberg a écarquillé les yeux dans une incompréhension totale lorsque F. Taddeï a posé candidement la question du choix pour les familles entre laisser leurs enfants à l’assistance publique ou les garder prés d’eux dans la pauvreté avec tout ce que cela suppose de violence de déchéance etc. La sauvegarde des enfants dans une possible seconde chance au travers de l’assistance publique était implicite. Elle s’est maîtrisée avec beaucoup d’intelligence et a finement remis le journaliste à sa place.
Des extraits d’interviews du Père Joseph Wresinski ont été donnés. Il est mort en 1987 peu après la création ATD Quart Monde qui avait le soutien de Geneviève de Gaulle.

23 Heures à la pendule. Je veux lire quelques pages de mon polar suédois. Faut faire des choix. Je lâche Taddeï dont l’émission se poursuit. Dommage ! Il est bien ce magazine.

mercredi 12 octobre 2011

Les souvenirs marquants d’un voyage en Crète : les desserts surprise !

Les restaurants ne proposent pas de desserts à  leurs menus ; pourtant dès que vous demandez l’addition le serveur revient avec quelques douceurs qui donnent à cette fin de repas une touche d’attention toujours surprenante. Le tout est servi avec le verre de raki qu’on finit par attendre comme une évidence. Ce dessert fait partie des coutumes, c’est une marque de bienvenue. Comme les plats du repas (il nous a fallut du temps pour le comprendre), il se partage entre les convives.

Les souvenirs marquants d’un voyage en Crète : les chapelles particulières

Vous verrez très souvent sur les routes des petites chapelles de taille miniature de toutes formes et plus ou moins luxueuses suivant les moyens des familles. Victor Zorbas, une figure mémorable de ce voyage en Crète nous a expliqué leur raison d’être : les familles des défunts placent à l’endroit où est survenu le drame une chapelle commémorative. Selon les circonstances de la mort les familles placent dans la chapelle certains objets. D’après Victor Zorbas il y aurait beaucoup de morts violentes dans laquelle la mafia est impliquée. Dans ce cas on place une fiole avec du liquide ; s’il s’agit d’une mort accidentelle on met la photo du défunt.
Lorsqu’on est dans la bulle préservée des vacances, il est difficile d’imaginer les réalités d’un monde impitoyable. Le nord-ouest de la Crète aux mains de la mafia ? Quel crédit accorder à cette version ? D’un autre côté l’économie de la Grèce souffre bien de pratiques mafieuses de la part de ses dirigeants. On n’est peut-être pas si loin d’une certaine vérité.

Les souvenirs marquants d’un voyage en Crète

Le café frappé
Les Crétois sont souvent installés au café devant un verre haut rempli d’un liquide couleur café surmonté d’une légère mousse blanche : c’est une boisson très appréciée et désaltérante. A mon retour, pour  prolonger les sensations estivales, j’ai tenté une copie de l’original : dans un mixeur on broie des glaçons auxquels on ajoute du café instantané, du sucre et un peu d’eau, je remixe. On verse dans un verre haut, on ajoute quelques glaçons et on déguste avec une paille.

Les souvenirs marquants d’un voyage en Crète

Troncs d’arbres protégés au lait de chaux
Au début on peut penser que l’harmonie du blanc et du vert est un simple effet d’esthétique mais il y a bien un intérêt pratique à cet enduit qui recouvre le tronc et une partie des branches : le lait de chaux* a des propriétés préventives face aux maladies. On trouve cette pratique un peu partout en Crète.

mercredi 28 septembre 2011

Les hôtels en Crète

Les hôteliers sont accueillants, serviables et nonchalants. Dans les grands centres touristiques le français est utilisé surtout chez les générations des cinquantenaires. L’anglais est couramment pratiqué et pour de nombreux crétois, il est appris sur le tas. Résultat : chacun déchiffre avec l’accent approximatif de l’autre. On a l’impression que le personnel occupe les emplois au pied levé, à la demande et qu’il cumule des petits boulots dans des journées qui finissent par être bien lourdes.
Les hôtels choisis avec booking.com ont un bon rapport qualité/prix. Entre 50 et 60 €, petit déjeuner compris, on ne peut pas parler de luxe mais c’est correct dans l’ensemble. On peut trouver des hôtels plus ou moins rénovés avec parfois un ameublement qui date de 30 ans mais toujours propres. Hors saison on peut être logé au plus près du port de La Canée au Lucia hôtel (désuet mais très bon accueil), à Héraklion au Castro Hôtel. A Agios Nikolaos nous recommandons l’hôtel tenu par une Québécoise extrêmement sympathique « Le Creta Hôtel » avec des studios extra larges et très bien équipés à 10 mn  à pied de centre ville.
Au bout d’une randonnée de 6 h dans les gorges de Samaria (au sud de la Crète) nous avons apprécié l’accueil de « l’Hôtel Faragi » en bordure de la mer de Lybie. Les chambres sont souvent équipées de réfrigérateurs. C’est idéal pour les vacanciers amateurs d’économies alimentaires. Nous nous sommes retrouvés dans une chambre simple mais correcte où 4 lits étaient alignés. Enfin nous gardons un très bon souvenir du village de Matala. Ce lieu mythique dans les années 70 a rassemblé en juillet 2011 les hippies de l’époque. Ils sont revenus 30 ans après, fêter une  jeunesse passée à gratter la guitare dans les grottes, à tisser des sacs en macramé, à aimer sans tabous. « L’hôtel Dimitris » est simple mais agréable avec sa piscine autour de laquelle nous prenions nos petits déjeuners. La clientèle est surtout constituée de jeunes couples, sac à dos qui randonnent entre collines et bords de mer .

mercredi 21 septembre 2011

La Crète au fond des yeux

C’est à partir de fin mai que j’ai boudé le clavier. L’appel de la Crète ! 15 jours de visites de ports, de ruines, de balades à sillonner les montagnes d’oliviers. Le bleu de la mer, le bleu du ciel et très souvent le bleu des yeux crétois, héritage lointain des vénitiens.
Le voyage a été préparé de longue date ; je ne suis guère du style « lastminute ». Pour évaluer le budget et minimiser les mauvaises surprises, j’ai détaillé le programme sur le modèle des catalogues d’agences de voyage. Avec un ou deux guides et une carte on est parés.

15 jours  me direz-vous c’est beaucoup pour visiter la Crète ; et bien tout dépend de la façon de concevoir le voyage. D’abord en vol régulier les compagnies ne proposent pas de trajets directs sur La Canée ou Héraklion. Si on préfère éviter de trop nombreuses escales (perte de temps et une fatigue inutile), même si c’est plus cher, mieux vaut choisir un vol charter. Dans ce cas l’aller et retour est prévu un jour fixe de la semaine. Nous avons opté pour un départ le Lundi en vol direct sur Héraklion avec des billets achetés dans un agence Fram (Air Méditerranée). Si on veut éviter de passer son séjour à ne faire que de la voiture il vaut mieux prévoir plus d’une semaine car il est difficile de visiter une île dont les routes -hormis les côtières- sont tortueuses et limitées à 90 kms/heure. 15 jours c’est aussi un luxe j’en suis bien consciente mais on ne peut prétendre en 1 semaine découvrir un pays.
Au bout de plusieurs heures de visite des sites internet le périple prend forme.     Nous réservons toutes nos nuits sur le même site internet booking.com. Quelques jours avant le départ nous avons constaté que les prix des hôtels avaient baissé. Il a suffit d’annuler nos réservations (il était encore temps) et de les reformuler au nouveau prix. Tous les hôtels étaient convenables, bien situés et le prix moyen, petit déjeuner compris est d’environ  50 €.
Autre site à retenir, celui de l’association « Alpha & Oméga ». Nous réservons avec lui notre véhicule : les prix de location sont plutôt intéressants. Les frais sont partagés car deux amies nous accompagnent.
Aéroport d’Héraklion, à 22 h passées : nous cherchons le parking des véhicules de location. Un jeune homme à l’allure pas très soignée nous presse de signer le contrat sur le capot. Il  a hâte qu’on  lui communique les codes de la carte bleue. Ultra pressé le gars ! Le paiement ne sera effectif qu’au retour. On fait le tour du véhicule, correct, mais loin des codes habituels des voitures de location –éraflures de la carrosserie, la voiture a déjà beaucoup servie. On se dit que le prix va de pair avec la prestation.
S’il y a un truc à ne pas faire c’est de se mettre au volant pour chercher son hôtel alors que la nuit est tombée et que les panneaux ne sont pas évidents à déchiffrer. Un conseil : prendre un taxi et ne prévoir le véhicule qu’à partir du lendemain quand les repères sont plus sûrs. Cela nous aurait évités de nous garer dans un parking réservé aux résidents. A notre décharge il faut dire qu’après deux heures de circonvolutions sur les boulevards de ceinture  (l’aéroport n’est qu’à 15 minutes du centre d’Héraklion) le panneau ne nous a pas sautés aux yeux. Une semaine après, nous nous sommes acquittés de l’amende de 40 € en regrettant notre manque de vigilance.

Une rentrée option Déco

Avec septembre, c’est la cloche de la reprise qui sonne même si une sensation d’été persiste encore par vagues. Les photos sont à peine transférées sur l’ordi qu’on a déjà oublié le nom des lieux où l’on était en août. Il est temps de faire fonctionner la  mémoire. Il faut pour cela remonter au mois de mai. Mon blog a bien des  choses à rattraper…Un voyage, des vacances. Les projets font partie de la rentrée et celui d'une nouvelle cuisine trotte dans ma tête !
Mais tout d'abord une déco bien sympa pour la chambre de ma petite fille, très rose ça va de soi. "Ils ont de très jolis panneaux chez PouicLand..." me glisse ma belle fille, finaude, mais hors de prix. Elle me convainc sans trop de mal et je décide que c'est à ma portée, mais  à la vôtre aussi. Je vous explique : sur un mur de couleur unie et plutôt claire, on dessine un arbre assez stylisé (pour cela je me suis inspirée à fond de celui du site de Pouicland) ; on se pointe chez son fournisseur de peintures, tapisseries etc, qui nous connaît un peu et on demande gentiment de vieux catalogues d'échantillons. J'ai ainsi obtenu très gracieusement 4 énormes catalogues dont je suis loin d'avoir épuisé les ressources. C'est sur ces impressions unies et colorées et en jouant sur les différentes textures que vous découpez vos feuilles toutes identiques.
Bien sûr il faut partir d'une harmonie. En l'occurrence ici des rappels de rose. Le plus long c'est de découper les feuilles. Comme il s'agit de tapisserie, il suffit de coller les feuilles avec de la colle à tapisserie en prenant le temps de bien appuyer à l'aide d'un chiffon.
L'effet est assez réussi non ? 

dimanche 22 mai 2011

Le temps des Cerises : Bon anniversaire à la Commune !


Les cerises sont précoces cette année. Nous sommes montés à l'assaut du cerisier il y a déjà 15 jours ; la journée fut sanglante !
La révolution s'épanouit autour de nous et je m'en réjouit. Tunisie, Egypte, Syrie, Grèce, Espagne. Les contextes sont différents mais partout les voix baillonnées crient. Elles veulent la démocratie pour certaines et d'autres qui l'ont déjà veulent une évolution de cette démocratie pour obtenir un travail, la justice, pour changer les priorités, changer la société où l'argent gouverne au mépris de l'humain, trouver d'autres chemins.
La Commune, trop peu connue mérite pourtant de l'être davantage. C'est le 22 mai 1871 que les Communards ont élevé spontanément et sans facebook près de 900 barricades sur lesquelles ils vont se battre pour défendre leur rue, leur quartier face aux Versaillais. Thiers avait déménagé à Versailles aprés avoir négocié un armistice avec l'envahisseur prussien. Paris qui s'est défendu vaillamment devant les Prussiens refuse la redddition.
Une exposition encore visible jusqu'au 28 mai 2011 à la Mairie de Paris (entrée gratuite) revient sur cette période incroyable. J'ai vu l'expo et j'ai été frappée de voir des clichés d'époque : les barricades dans les rues de Paris, les images des incendies, les détructions de bâtiments et monuments importants. Jamais je n'aurais cru que la commune avait eu ce caractère de vrai guerre civile et d'un tel niveau de destructions et de massacres. Les images (gravures mais aussi clichés photos) sont saisissantes et rapprochent curieusement ces évènements de la réalité d'aujourd'hui. Les vues des exécutions de masses faites par l'armée versaillaise sont terribles.
Je vous recommande particulièrement  un DVD disponible en médiathèque  : il s'agit du travail théâtral de Peter Watkins qui a réuni des amateurs pour jouer La Commune.
Le Texte ci-dessous paru dans le monde en fait le récit.
"La Commune (Paris, 1871)" : la Commune de Paris vue par Peter Watkins

Le Monde | 06.11.07 | 16h47  
Ce film sur la Commune de 1871 a été enregistré dans un hangar de Montreuil (les locaux de la troupe d'Armand Gatti), avec des comédiens non professionnels, des volontaires qui participèrent aux recherches pour élaborer le scénario, choisirent pour la plupart les personnages qu'ils désiraient interpréter, improvisèrent en grande partie leurs dialogues ou monologues selon une méthode expérimentée dans le génial Edvard Munch (1973). Tourné en treize jours, en suivant scrupuleusement la chronologie des événements, il brouille sciemment les notions de documentaire, de fiction ou de reconstitution historique. Et sape les critères habituels du document télévisuel et de la saga hollywoodienne pour forcer le spectateur à réfléchir sur la forme du film, lui enseigner la méfiance, l'encourager à contester la subordination aux médias. Tout est  joué par des chômeurs, intermittents du spectacle, sans-papiers, provinciaux, Montreuillois, permet au public de jouer sa propre histoire, de faire le lien entre les enjeux de la révolution parisienne de 1871 et ceux de Mai 68 ou d'aujourd'hui. Peter Watkins met en place l'irruption de reporters de la Télévision versaillaise et de la Télévision communarde, micros à la main, recueillant d'un côté un discours lénifiant, appelant au maintien de l'ordre, à la lutte contre des "meneurs qui ne sont pas, pour la plupart, français", et de l'autre les témoignages du peuple insurgé. Cette démarche insolite ne peut être taxée d'anachronisme puisque le film s'affiche ouvertement comme interprété par des contemporains qui réagissent en fonction des critères de leur époque.
La Commune
On a pu lire, sous la plume d'historiens du cinéma stigmatisant telle ou telle tentative, qu'il était impossible de filmer une révolution. Watkins prouve le contraire. La Commune se moque des faits, ignore Louise Michel et Jules Vallès, pour filmer une pensée, des idées, donner la parole au peuple, signifier que cette période marqua le début d'une réflexion. Et renvoie des échos contemporains : le racisme, le rôle des femmes, l'inégalité sociale, la censure, l'école...Plus osé, ce rapprochement entre Le Temps des cerises et une chanson algérienne qui parle d'exil et de cachot. Or, nous rappelle l'historien Jacques Rougerie, il y eut, en mars 1871, une insurrection kabyle dont les chefs furent déportés en Nouvelle-Calédonie, où ils retrouvèrent des Communards...
En exergue, Watkins prend la parole pour signaler qu'en procédant au montage de cette version raccourcie il a découvert que la société française qui a produit le film, 13 Production, appartenait au groupe Lagardère. Cette société, dit-il, l'a laissé entièrement libre de réaliser son film comme il l'entendait, sans pressions. Selon lui, il est grave que 13 Production, "société dont la raison d'être est la communication et une certaine forme d'éducation", fasse partie "d'une structure financière qui fabrique des armes". L'inlassable pourfendeur de la crise des médias ne lâche rien.
La semaine du 21 au 28 mai pendant la Commune : la semaine sanglante (ici ce n'est que du jus de cerise)

 Louise Michel (institutrice pendant 15 ans) reste la figure féminine emblématique qui a participé en 1ère ligne au mouvement. Elle défendait des idées très nouvelles en matière d'éducation comme des écoles professionnelles et des orphelinats laïcs. Elle fréquente les milieux révolutionnaires et républicain socialiste fondé par Auguste Blanqui[.1]. Après le départ du bâteau en août 1873 pour être déportée en Nouvelle-Calédonie[4], elle chante avec d’autres communards Le Temps des Cerises en regardant s’éloigner la côte. En nouvelle Calédonie, elle cherche à instruire les autochtones kanaks et, contrairement à certains Communards qui s’associent à leur répression, elle prend leur défense lors de leur révolte, en 1878[.

Si vous en avez l'occasion, faites un tour au 42 rue des Cascades à Belleville. L'espace Louise Michel est animé par  un personnage formidable Lucio URTUBIA. Je l'ai rencontré quelques temps après l'avoir entendu sur France Inter. L'émission m'avait tellement plue que lors d'une visite à Paris j'ai tenté une visite un dimanche à Belleville. Lucio Urtubia y était. On est entrés et on a passé 2 heures formidables. Une belle rencontre !

samedi 14 mai 2011

NOUVELLES DE TOSCANE : DENOUEMENT.

UNE STAR SUR LE VERCORS

Face au massif du Vercors, la grande maison fraîche aux volets de bois bleu nous attend à notre retour de Toscane.

Derrière la grille, Urane qui a reconnu le moteur,  manifeste sa joie en balayant frénétiquement les dalles de sa queue soyeuse. 

Sand, la fille aînée est heureuse et soulagée de revoir ses parents. Elle a dû parfois lâcher à regret ses  révisions de Maîtrise de droit pour  veiller sur la chaudière dont nous avons suivi les caprices à distance.

Marmouset a géré comme un grand ses difficultés avec son patron menuisier. Son  père et sa mère le téléguidaient, le soir venu, de la voiture depuis un parking en bordure de l’Arno où arpentant une vigne perdue dans le Chianti.

Ce coatching au portable reste pour moi une anthologie mémorable, tout à l’honneur de parents attentifs et présents, malgré la distance. 

Tandis que Aime met la main aux préparatifs du repas du soir et que Pat vérifie l’état de ses plantations en compagnie de mon homme, je me connecte sur l’ordinateur familial.
Depuis que nous avons posé les valises, une seule chose m’obsède : essayer de découvrir ce que Jocelyne nous a laissé entrevoir de son histoire.

Le moteur de recherche est lancé : plus rien ne l’arrête. Il va  renifler, gratter, déterrer. Cherchant plus loin, il va traverser les frontières, franchir les océans.
Donnez- lui un Nom à ronger, il va s’acharner : le tordre en tous sens tandis que vous restez là, attendant  la trouvaille.

Je clique, ma main guide la souris qui déplace la flèche et fait apparaître les toiles du Maître ! J’étouffe un cri. Ce sont les toiles suspendues aux murs de la ferme : la même jeune fille  nue, gracile, aux  jambes élancées et aux pieds trop grands d’adolescente.

Le peintre, celui dont nous avons relevé la signature aux bas des tableaux de notre gîte Toscan existe toujours et vit à Florence. Une photo le montre tel qu’il est ou a été, comment savoir ?

C’est donc lui qui a été la cause des tourments de Jocelyne.

Sans le connaître j’ai pris partie depuis le début, pour Elle, la femme délaissée, la jeune fille découverte, la femme adorée pour sa beauté. L’égérie qui a nourrit l’artiste et l’œuvre puis s’est tarie avec le temps. Le Pygmalion soucieux de continuer à plaire, en a choisi une autre ...

Reclic. C’est Elle que je cherche. Apercevoir son image. Trouver la trace de son passage de Star sur les pages glacées des magasines de l’époque.

J’appelle à l’aide. Une recherche plus ciblée nous conduit sur un terrain que nous n’aurions pas soupçonnés :  le Cinéma ! Le nom de Jocelyne est cité dans une filmographie.

Pour une surprise, c’en est une !

Inlassablement, je retape le nom et le prénom  sur le clavier. On va bien finir par trouver une image de notre star…reformuler, persévérer… La mayonnaise est en train de prendre, pas question de lâcher la danse du pilon dans le mortier. Ajouter le filet d’huile d’olive, ce qu’il faut, sans trop…ajouter un mot…une mie de pain imprégnée de vinaigre…

La filmographie tourne autour de PASOLINI… Le nom de Jocelyne est cité dans plusieurs films du cinéaste italien dont « les mille et une nuits ».

La surprise est grande parmi la troupe rassemblée devant l’écran. Difficile pour nous d’imaginer notre Jocelyne dans ce contexte.

Nous devons faire  de gros efforts pour passer de la salopette noire, de la longue tresse au henné à la nudité érotique des films de PASOLINI.

Nous avons beau agrandir l’unique photo au très petit format proposée sur la page d’écran, aucun des protagonistes ne ressemble à notre hôtesse toscane.

Dommage ! La Star ne scintillera pas ce soir sur le Vercors !

Les mecs sont déçus. Comme on les comprend ! La vie tumultueuse de Jocelyne dans les années fastes du cinéma italien nous permet de mieux comprendre les raisons  de ses réticences à dévoiler sa vie.

« Rien de plus simple ! Il suffit de télécharger un film ! je le grave sur un CD et je vous l’envoie ! ».

Quelle histoire ! Sand et Marmouset, intrigués par notre addiction soudaine à l’ordinateur s’inquiètent : « Qui est Jocelyne ? C’est qui PASOLINI ? »

Une soirée ne suffira pas à raconter nos émotions de voyage.

Sand est remontée dans sa chambre pour étudier au calme, loin des turpitudes de ce bas-monde et Marmouset s’est empressé de quitter la table en compagnie de sa dernière conquête qu’il couve d’un regard amoureux.

La Toscane est loin. Nous prenons le frais sur la terrasse, allongés dans des relax, amollis et rêveurs.

Sous le drap du ciel,  nous venons de découvrir un petit astre brillant avec une chevelure rousse…qui nous lance un clin d’œil.

La cuisine de Jocelyne
FIN.

MES VOYAGES : TOSCANE 6EME EPISODE

LA RONDINE (l'Hirondelle)
La grange où nichent les hirondelles
Pour ouvrir le battant de la petite fenêtre, je devais soulever le rideau de coton clair brodé à l’ancienne.

Il était 6 h à peine et il fallait éviter le bruit qu’aurait provoqué la chute de la tringle qui tenait par miracle.

Je les surprenais au petit matin, côte à côte sur le fil électrique à hauteur de la fenêtre. Elles profitaient de ces derniers instants de paix, avant le bruit des tracteurs dans la campagne.

Plus tard, elles se lançaient en poussant des cris aigus à l’assaut du ciel de Toscane d’où une main invisible et sûre semblait les diriger, pareilles à des cerfs-volants, du plus haut pour les ramener brusquement au ras du sol.

C’était un ballet incessant que nous suivions dès le petit déjeuner qui nous rassemblait autour de la longue table sombre de la grande salle. Les hirondelles fusaient, comme propulsées par une  fronde au travers de la fenêtre ouverte de la chambre contiguë.

Tout le temps que dura notre séjour, nous entendîmes Jocelyne maugréer contre les hirondelles.

Dès les beaux jours, elles reprenaient possession des lieux et nichaient dans un rez-de-chaussée contre les poutres.

Notre hôtesse se plaignait de ces intrusions intempestives, des fientes qu’elles laissaient sur ses rideaux, sur les courtepointes…

Mais pourquoi persistait-t-elle à laisser les fenêtres grandes ouvertes ?

La journée s’annonçait belle ce matin du mois de mai et nous étions partagés entre le désir de rester encore un peu dans la grande maison tranquille et celui de la découverte de Florence.

Nous avions tourné le dos, prêts à quitter la cour, lorsque Jocelyne nous appela avec insistance.

Son buste s’encadrait dans la petite fenêtre de la chambre à l’étage. Elle tenait quelque chose dans la main que l’on distinguait difficilement depuis la cour.

« Regardez ! Elle s’est cognée si fort contre le montant de la fenêtre qu’elle s’est assommée et s’est retrouvée par terre».
Elle caressa la petite tête noire blottie dans sa main, l’approcha de ses lèvres puis relâcha la prise.

L’hirondelle s’élança, retrouvant ses esprits tout en  se disant qu’elle n’avait pas encore poussé son dernier cri et qu’elle avait toute une saison pour jouer au cerf-volant.

NOUVELLES DE TOSCANE 5EME EPISODE

LE STETSON ET LA MAFIA RUSSE

E
n dépit des  efforts que nous faisons pour conserver notre entrain, la tablée du dernier petit déjeuner est morne.

Derniers clichés numérisés, valises  bouclées, adresses notées pour nos échanges galactiques.
Alexis fera le voyage jusqu’à Nancy entre un olivier et un citronnier, bercé par les effluves de terre et de fruits. Stéphanie et Thomas embelliront leur maison d’objets au design épuré.
Jocelyne nous embrasse avec retenue et dissimule mal son émotion. Un léger malaise me gagne, comme un sentiment d’abandon. Nous promettons une carte postale et des nouvelles.
Je ne croyais pas si bien dire, moi qui viens d’écrire ces pages qui seront bientôt glissées par le postino dans la boîte à lettres, au bout du chemin de Caillaliola.

Je l’imagine, emmitouflée sous la couette,  entourée de ses livres, de revues polyglottes laissées par les hôtes de passage, de journaux périmés,  d’images  éparses accumulées à la belle saison et conservées en prévision des longues journées d’hiver.
Chacun retrouve sa place dans le véhicule. Nous partons. Le paysage défile à l’envers.

Les carrières de Carrare ont traversé la route et Gènes s’étend à présent à ma gauche.
Lors du trajet aller, je me plaisais à évoquer ce port lointain résonnant d’appels pour les grands voyages autour du monde.
Sur le chemin du retour je suis frappée par un centre industriel à la banlieue hideuse et triste.

Une pause repas est décidée avant de franchir la série de tunnels obscurs. Nous  avons définitivement quitté nos douces collines et découvrons un environnement dont la morosité s’accorde avec le gris métallique du ciel et notre humeur aussi.
Pas le moindre olivier sous lequel nous étendre, pas de vigne généreuse pour avoir le regret du vin que l’on ne boira pas, pas de cyprès lancé au ciel au bord d’un chemin de pierre sèches.
Nous dévisageons d’un œil morne le spectacle affligeant des voitures garées en tous sens dans l’urgence d’un Pannini élastique et d’un espresso engloutis sur le bord du comptoir.

Il est hors de question de gâcher les dernières impressions de notre séjour !

Nous cherchons désespérément dans les 50 m2 de béton, l’espace idéal pour étaler notre pique-nique : poulet froid, salade de pâtes, tomates à la croque-sel,  fromages et raisins blancs.
L’endroit a pourtant bien existé, en d’autres temps. Dans un élan de compassion pour le nomade en quête de détente, le bâtisseur avait imaginé un coin tranquille : une table flanquée de deux bancs sous une tonnelle.

Aujourd’hui, il est barricadé, verrouillé au moyen de plusieurs chaînes cadenassées. Accès interdit ! Cet ostracisme nous atterre.
Nous restons hébétés quelques secondes devant les canettes et les papiers gras jetés rageusement par-dessus la barricade par tous ces voyageurs méprisés.

Que faire d’autre ? Nous étalons notre couverture pour un sit-in sur le trottoir devant la barricade.
Une fois nos forces reconstituées, nous consentons à nous déplacer jusqu’à la cafétéria pour siroter un espresso tout en surveillant la voiture et nos bagages et en balayant du regard le parking traversé par des automobilistes ordinaires.
Je quitte la cafétéria qui baigne dans  un air lourd et poisseux.

Une voiture s’est arrêtée à ma hauteur. Le conducteur, allongé vers la portière côté passager manœuvre la descente poussive de la vitre.
L’homme aux traits métissés de noir et d’indien se dissimule derrière de larges lunettes de soleil. Je détaille la peau épaisse, criblée, les lèvres charnues, les mains poilues posées sur un volant en cuir aux couleurs vives.
Il porte un Stetson de couleur foncée, à larges bords. Une chemise à carreaux habille son ventre  tendu comme un tonneau de bière sanglé d’une ceinture qui accentue l’embonpoint.

Le pantalon froissé recouvre ses jambes maigres. A l’arrière du véhicule deux cannes de marche sont jetées sur la banquette couverte de plaids élimés. Je l’imagine tanguant des hanches, accroché avec force aux cannes lorsqu’il se risque hors de sa navette spatio-temporelle.

Cet univers sur roues est à l’image désinvolte du chauffeur. Je pense au sketch de Coluche « l’auto-stoppeur » : « Elle est à vous cette poubelle ? »
Il m’interpelle : « Vous êtes français ? Il n’y en a pas  beaucoup par ici ! » Dit  le Stetson dans la langue de Molière.

J’ai l’impression d’être coiffée d’une casquette à visière et de répondre depuis un guichet de « drive-in » à un consommateur en recherche d’exotisme touristique.
Comme je suis d’un naturel aimable, je réponds avec mon plus beau sourire  que l’Italie est un très beau pays et que nous quittons la Toscane à regret…
Il n’en fallait pas davantage pour déclencher un discours de vieux routard revenu de tout qui cherchait un prétexte pour parler…de lui.

Le pays, il le connaît, il est américain et  vit près de Rome depuis des années. Il a fait partie dans sa jeunesse (années soixante), d’un groupe de musique qui a eu son heure de gloire.
Son index à l’ongle cerné de noir se tend vers une photographie pâlie fixée sur le tableau de bord : une coiffure afro surmonte un visage où je devine les traits aujourd’hui vieillis de l’homme au Stetson…

Aime, qui cherche à venir en aide à  un couple parlant l’espagnol nous interromp.

L’homme au Stetson débraye. Je n’ai pas reconnu le célèbre musicien qui fit se pâmer une génération de jeunes hippies en jupes longues fleuries et sabots sonores. La guimbarde s’éloigne vers l’autoroute.

Mon homme, Pat et Aime semblent absorbés par un document que leur montrent l’homme et la femme.
Rien dans leur apparence ne permet de penser qu’ils sont espagnols, même s’ils parlent correctement le castillan. Je suis surtout gênée de ne pas reconnaître un accent régional particulier. Je crois plutôt qu’il s’agit  de personnes originaires d’un pays de l’Est. Russes, Ukrainiens ?

Nous avons abandonné la surveillance de notre voiture quelques instants. La portière côté chauffeur est restée ouverte quand Pat a été appelé à la rescousse.
Ils souhaitent rejoindre l’Espagne et donc d’abord la France. Ils agitent  quelques feuilles en format A4 imprimées à partir d’Internet avec le descriptif autoroutier qu’ils doivent suivre. Je suis étonnée qu’ils n’aient pas de carte routière. Ils disent venir du sud de l’Espagne pour visiter l’Italie.

Un deuxième homme qu’ils présentent comme leur fils les rejoint. Je ne décèle pas de ressemblance, je trouve son comportement étrange.
Ils se disent espagnols et n’en ont ni l’accent, ni l’attitude, ni l’apparence vestimentaire. Ils n’ont pas de carte routière, ils ne savent pas suivre les indications portées sur le document d’Internet.
A quoi ressemble leur véhicule ? C’est une voiture plutôt haut de gamme, immatriculée en Espagne…
Je deviens méfiante brusquement et demande à Pat de fermer la portière.

L’homme au Stetson d’abord, puis ce couple étrange. Nous leur confirmons les informations données par Mappy.com. Ils semblent angoissés et perdus mais j’ai hâte de quitter cet endroit peu accueillant.

C’est moi, à présent, qui suis angoissée. Nous restons courtois mais ressentons tous les quatre le besoin d’en finir et leur conseillons de s’acheter une carte routière dès que possible.
La voiture est toujours là et tout semble normal.

Pat démarre. Je pousse un soupir de soulagement. Je livre à la troupe mes impressions et mon inquiétude sur cette étrange équipée et sur l’homme au Stetson.
Ces deux rencontres presque simultanées, sur cette aire d’autoroute italienne me font l’effet d’un guet-apens : L’accent que je n’ai pas su détecter, l’apparence vestimentaire, un comportement qui ne cadre pas avec celui que j’aurais eu en pareille situation…

Je vérifie avec Aime que nos souvenirs – nos sacs en cuir PRATESI achetés à Radda in Chianti - sont bien là et que nous avons toujours nos papiers et nos cartes bancaires.
Pat et mon homme sont silencieux. Je sais bien qu’ils n’en pensent pas moins !
Je ne peux m’empêcher d’évoquer les différentes techniques utilisées de nos jours par les bandits de grands chemins. Je flaire la maffia russe !

Au bout de quelques minutes, Pat sans doute agacé pas mes divagations et pressé de rejoindre son port d’attache en toute sérénité me lance avec l’accent « pied-noir » marseillais qu’il adopte quand il veut dégonfler une situation tendue :
« Toi, ma poule tu vas trop au cinéma ! ».
Il est chouette Pat.

dimanche 8 mai 2011

LA TOSCANE 4ème Episode

LA HURE

Elle  défend son coin de terre comme la laie défend ses petits et  nous révèle que les gens du coin l’ont surnommée « le  sanglier » .
Lors  de nos trajets en voiture, Jocelyne alimente souvent nos conversations. La figure de l’animal emblématique de Toscane lui convient parfaitement :

Elle en possède l’intelligence et la force.  Pareille au cochon sauvage apprivoisé le dernier par les hommes du néolithique, elle ne s’est pas laissée domestiquer.  Elle gouverne son territoire avec autorité. Elle est la guerrière de cette parcelle de Toscane où elle applique ses principes d’écologie en se nourrissant exclusivement de légumes, en économisant l’eau, le chauffage, même au plus froid de l’hiver, souvent très rigoureux.

Lorsque après le petit déjeuner nous lui proposons de partager un repas communautaire le lendemain au soir avec Stéphanie, Thomas, qu’elle prononce « THOMASS » et le petit Alexis, elle paraît enchantée de cette initiative et offre de préparer une salade agrémentée d ’huile d’olive de sa fabrication « une huile sans cholestérol, entièrement naturelle ! ».

Nous lui promettons de nous occuper de tout, de rentrer plus tôt pour profiter de ce moment ensemble et lui permettre de se coucher à une heure raisonnable.

Stéphanie a apporté des assiettes en plastique pour éviter la vaisselle et surtout contribuer à préserver les ressources naturelles.

« Comment ferons-nous quand il n’y aura plus d’eau nulle part ? » ne manque pas  de rappeler Jocelyne. « Ici l’eau est rare et très chère ».

Gagnée moi-même  par l’écologie ambiante, j’ai pris l’habitude de conserver l’eau récoltée dans la bassine de la douche. J’évite de tirer la chasse après chaque passage dans les waters et y verse le contenu de la bassine que si cela s’avère vraiment nécessaire.

J’ai l’impression d’être en camping alors que nous avons tout de même payé la chambre et le petit déjeuner pour un prix garantissant un minimum de confort.
L’homme de ma vie, élevé à la campagne, ne se formalise pas outre mesure. Nous acceptons les règles, estimant que le  jeu en vaut la chandelle.

Le soir venu, sous la tonnelle, la table se charge de la charcuterie achetée à la coopérative de Sienne :   fraises,  plusieurs bouteilles de vin – nous sommes dans le Chianti ! – un grand bol de salade du jardin,  fromages de la région et  plateau de tartines de pain écrasé de tomates mûres sur lesquelles nous faisons couler un filet d’huile d’olive extra vierge : celle qui fait la fierté de Jocelyne. 
La salade est craquante mais la vinaigrette manque de saveur. L’huile  est si raffinée qu’elle en est incolore et inodore. Elle a même  perdu le goût de l’olive. Jocelyne ne résiste pas au plaisir de mordre dans une tranche de saucisson.
Nous nous étonnons de son entorse au régime habituel. Elle se justifie en disant que cela reste exceptionnel et nous réalisons l’étendue de ses sacrifices…

Nous nous laissons envahir par la chaleur de la conversation et du Chianti.
Toute l’actualité défile sous la tonnelle au cours d’ un débat passionné : les grèves étudiantes contre le CPE, la victoire du NON à l’Europe, les élections présidentielles de 2007…aucun sujet n’échappe à notre diatribe. Mon homme retrouve ses accents de militant syndicaliste, Thomas lui emboîte le pas, ponctuant ses interventions de traits d’humour, Pat a trouvé son maître.

Aime défend des positions plus modérées que je ne partage pas toujours, Stéphanie reste silencieuse et discrète la plupart du temps, Alexis ne tarde pas à manifester des signes de fatigue et sa mère le porte jusqu’à sa chambre.

Jocelyne que la politique passionne pourtant, oriente soudain la conversation vers un sujet qui nous prend tous au dépourvu :
« qu’est-ce que l’amour ? », « un couple peut-il vivre toujours ensemble et s’aimer toute la vie ? ».
Nous essayons tant bien que mal de trouver des réponses sans trop y parvenir et n’osons pas clamer que nous sommes mariés depuis bientôt 30 ans.

Jocelyne nous dit alors qu’elle a été la compagne d’un peintre durant 30 ans. Celui-ci l’a abandonnée un jour pour une femme plus jeune. Ce sont ses peintures qu’elle a conservées et qui décorent toutes les pièces de la ferme.

Une tesselle supplémentaire pour notre mosaïque…

La nuit est tombée sur le jardin et nous allumons les bougies disposées sur la table. L’obscurité est telle que Stéphanie chute sur un arbuste en revenant de la chambre où elle a couché Alexis.
L’air qui fraîchit m’oblige à partir à la recherche d’un gilet. Depuis que la nuit s’est faite, nos  voix ont baissé d’un ton.

Je croise Jocelyne qui en profite pour rentrer quelques plats. Je lui montre mon gilet et celui de mon homme que je ramène avec le mien.
« Tu vois, c’est peut-être cela l’amour…ne plus seulement penser à soi mais penser à l’autre ».

Elle tourne la tête.

Je regrette mes mots, je crains de l’avoir blessée.
Nous rejoignons la tonnelle où la discussion s’est arrêtée. Nous sommes bercés par le silence de la campagne.
Jocelyne dit : « Les sangliers ne vont pas tarder. Peut-être aurons-nous la chance de les voir, là-bas dans les bosquets…».
Je n’ai jamais vu de sanglier dans son milieu naturel. Seulement des bêtes mortes et parfois des hures pendues aux crochets des bouchers de la rue du Taur aux saisons de chasse sur le chemin du Lycée.

Entre les poils hérissés des carcasses s’écoulait un sang de raisin noir qui gouttait sur le trottoir. Le dégoût m’envahissait, je continuais ma route  jusqu’à la place Saint-Sernin dans la semi obscurité du matin d’hiver.
La corrida ? Désolée, je ne peux pas. Ce n’est pas pour moi. Je laisse aux autres le plaisir animal du monstrueux frisson devant le spectacle de la bête torturée et blessée à la chasse ou dans l’arène.

Jocelyne ne tarde pas à se lever. Il est tard, elle souhaite se reposer.

Nous n’avons pas vu les sangliers.
A partir de ce moment-là, entre nous quatre, nous l’avons souvent appelée « la Hure ».